Joueur de fléchettes bloqué face à la cible, illustration du dartitis
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Dartitis : quand la main refuse de lâcher la fléchette

La dartitis empêche de lâcher la fléchette. Ce que dit la recherche, les champions touchés, ce qui a aidé certains joueurs et quand consulter un médecin.

Dartitis : quand la main refuse de lâcher la fléchette

Le bras monte, la cible est là, et la fléchette reste collée aux doigts. Vous recommencez, et le geste se bloque au même endroit, ou part trop tôt, n’importe où. Les joueurs qui l’ont vécu décrivent tous la même chose : l’impression que la main ne vous appartient plus.

Ce blocage porte un nom, la dartitis. Il a touché des champions du monde, et il reste mal compris. Voici la réponse courte à la question que tout le monde se pose : certains joueurs en sont sortis, d’autres jamais, et aucune étude n’a encore validé de traitement propre aux fléchettes.

Ce guide rassemble ce qui est établi, ce qui relève de l’hypothèse et ce que les joueurs ont essayé, en séparant bien les trois. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin, et la dernière section dit quand en voir un.

La dartitis, de quoi parle-t-on

Le dictionnaire d’Oxford, qui a fait entrer le mot fin 2006 ou en 2007 selon les sources, la définit comme un état de nervosité qui empêche le joueur de lâcher la fléchette au bon moment. Le terme lui-même est plus ancien : il apparaît en 1981 dans le magazine britannique Darts World.

Dans les faits, les symptômes varient d’un joueur à l’autre. Certains n’arrivent plus du tout à lâcher, d’autres lâchent trop tôt, d’autres encore sentent le bras se raidir juste avant le geste. Point commun : le blocage apparaît au moment de lancer, pas dans le reste de la vie.

Chez certains joueurs, l’appréhension commence avant même de monter sur l’oche, la ligne de lancer. C’est ce qu’a raconté l’Anglaise Beau Greaves, qui dit avoir failli arrêter.

Ce que dit la science, et ce qu’elle ne dit pas encore

Première chose à savoir : à notre connaissance, aucune publication médicale n’est consacrée à la dartitis elle-même. Tout ce qu’on en dit en termes médicaux est emprunté à des troubles voisins, mieux étudiés.

Le cousin le mieux connu : les yips du golf

Au golf, le même type de blocage s’appelle les yips, et il touche surtout le putting. Une équipe de la Mayo Clinic a étudié 72 golfeurs concernés et décrit un continuum entre deux formes (Smith et al., Sports Medicine, 2003) :

  • le type I, proche d’une dystonie focale, c’est-à-dire un trouble neurologique qui dérègle un geste précis et répété ;
  • le type II, proche du choking, la perte de moyens sous la pression, de nature psychologique.

Beaucoup de joueurs se situent quelque part entre les deux. C’est une lecture utile pour la dartitis, mais c’est une analogie, pas une démonstration.

Une étude qui inclut des joueurs de fléchettes

En 2020, des chercheurs allemands ont interrogé en ligne 1 248 sportifs de quatre disciplines (Klämpfl, Lobinger et Lehmann, International Journal of Sport Psychology). Aux fléchettes, 32 % des répondants se disent actuellement concernés par ce type de blocage, contre 6 % au tennis, 34 % au tir à l’arc et 59 % au minigolf.

Ce chiffre demande de la prudence. C’est de l’auto-déclaration, sur un échantillon de volontaires, pas un diagnostic. Il dit surtout que le phénomène est loin d’être rare, et que les joueurs touchés sont en moyenne plus expérimentés que les autres.

Neurologique ou psychologique ?

La question n’est pas tranchée. Certains spécialistes rapprochent la dartitis de la dystonie focale du musicien ou de la crampe de l’écrivain. D’autres, comme Linda Duffy, psychologue à la Middlesex University et ancienne joueuse, la jugent purement psychologique en l’absence de blessure.

Les deux lectures ne s’excluent pas, et c’est peut-être la conclusion la plus honnête à ce stade : selon les joueurs, la part de l’un et de l’autre n’est sans doute pas la même.

Des champions touchés, des issues très différentes

La dartitis n’est pas une maladie de débutant. Les cas documentés concernent des joueurs de très haut niveau, et leurs trajectoires montrent qu’il n’existe pas d’issue unique.

JoueurDébutCe qui est rapporté
Eric Bristow1987Amélioration en revenant à son geste d’avant 1983, sans jamais retrouver son niveau
Mark Webster2014Champion du monde BDO 2008, dit en 2022 n’avoir jamais retrouvé la confiance pour jouer
Nathan Aspinall2023Psychologue du sport et hypnothérapie, dit aller beaucoup mieux
Kevin Paintervers 2024Hypnothérapie avec un mieux temporaire, puis rechute, continue de jouer
Berry van Peer2017Épisode visible au Grand Slam, 68,8 de moyenne
Mark Walshvers 2006L’a reconnu publiquement

Bristow est le cas le plus célèbre, mais pas le premier : le mot existait déjà six ans avant qu’il en soit touché. Sa phrase est restée : il n’arrivait pas à lâcher la fléchette, et quand il y arrivait, elle partait n’importe où.

Peut-on éliminer la dartitis ?

Réponse honnête : aucun traitement n’a été validé scientifiquement pour la dartitis. Les récits de joueurs vont de l’amélioration nette, comme Aspinall, qui précise pourtant en mai 2026 que le blocage n’a pas totalement disparu, à la fin de carrière, comme Webster. Toute promesse de guérison garantie, dans un sens ou dans l’autre, va au-delà de ce que l’on sait.

Ce qui existe, ce sont des pistes étudiées sur des troubles voisins :

  • Thérapie comportementale et hypnose : une série de quatre cas, publiée en 2023 (Tibben et al.), décrit quatre sportifs revenus à leur niveau après huit séances sur seize semaines, avec peu ou pas de symptômes cinq ans plus tard pour trois d’entre eux. Encourageant, mais quatre personnes, aucun joueur de fléchettes et pas de groupe de comparaison.
  • Rééducation sensori-motrice : décrite chez les musiciens atteints de dystonie, avec des résultats variables.
  • Toxine botulique : c’est un traitement de référence de la dystonie focale de la main, prescrit et suivi par un neurologue. Elle soulage des symptômes, elle ne guérit pas, et elle n’a jamais été étudiée chez des joueurs de fléchettes.

Pour la dystonie du musicien, qui est mieux documentée, les publications médicales estiment qu’elle touche environ 1 % des professionnels. C’est un repère de gravité : quand le trouble est vraiment neurologique, il se prend en charge médicalement, pas seulement à l’entraînement.

Ce que des joueurs ont essayé

Les méthodes ci-dessous viennent de témoignages de joueurs et d’entraîneurs. Aucune n’est validée scientifiquement, et ce qui a aidé l’un n’a pas forcément aidé l’autre.

  • Revenir à un ancien geste : c’est ce qui a le plus aidé Bristow, avec du travail et un changement d’hygiène de vie.
  • Consulter un psychologue du sport : Aspinall dit en avoir vu un chaque semaine au plus fort du problème, en plus de deux séances d’hypnothérapie hebdomadaires.
  • L’hypnothérapie : tentée par Aspinall et par Painter, avec des résultats différents.
  • Changer de matériel ou de geste : poids des fléchettes, vitesse de lancer, respiration. L’historien des fléchettes Patrick Chaplin les cite parmi les solutions tentées, sans en évaluer l’effet.
  • Changer de main : certains l’ont fait, au prix d’un apprentissage repris de zéro.
  • Jouer sans enjeu, ou faire une vraie pause : souvent cité, jamais mesuré.

À mon sens, la leçon commune à tous ces récits est qu’aucun joueur ne s’en est sorti en forçant. Tous ceux qui décrivent un mieux ont changé quelque chose, dans le geste, dans l’accompagnement ou dans le rapport à la compétition.

Quand consulter un médecin

Il n’existe pas de recommandation médicale propre aux fléchettes. Les critères ci-dessous reprennent ceux qu’on utilise pour la dystonie en général, et valent comme repères de prudence. Parlez-en à votre médecin, qui pourra vous orienter vers un neurologue, si :

  • le blocage ou la crispation apparaît aussi en dehors des fléchettes, en écrivant par exemple, ou au repos ;
  • votre main ou votre poignet prend une position anormale que vous ne contrôlez pas ;
  • le geste s’accompagne d’une douleur ;
  • les symptômes s’aggravent au fil des semaines.

Si le blocage n’apparaît qu’en compétition et disparaît quand vous jouez seul, c’est plutôt du côté d’un psychologue du sport qu’il faut regarder en premier.

Pour finir

Trois choses à retenir : la dartitis est fréquente, elle reste mal comprise, et les joueurs qui s’en sont sortis ont tous changé quelque chose plutôt que de forcer. Si vous voulez retravailler votre geste en douceur, le guide pour bien tenir ses fléchettes et celui sur la visée sont de bons points de départ, et le programme d’entraînement en 30 minutes aide à rejouer sans enjeu.

Sources principales : Smith et al., Sports Medicine, 2003 ; Klämpfl, Lobinger et Lehmann, International Journal of Sport Psychology, 2020 ; Tibben et al., Tremor and Other Hyperkinetic Movements, 2023 ; Patrick Chaplin, historien des fléchettes ; témoignages publics des joueurs cités.

Questions fréquentes sur la dartitis

Peut-on guérir de la dartitis ?+
Certains joueurs vont nettement mieux, comme Nathan Aspinall, qui précise toutefois en mai 2026 que le blocage n’a pas totalement disparu. D’autres ne l’ont jamais surmontée, comme Mark Webster. Aucun traitement n’a été validé scientifiquement pour la dartitis en particulier.
La dartitis est-elle une dystonie focale ?+
C’est une hypothèse, pas un fait établi. Elle repose sur l’analogie avec les yips du golf et la dystonie du musicien, mieux étudiés. À notre connaissance, aucune étude médicale n’a encore porté sur la dartitis elle-même, et certains spécialistes la jugent surtout psychologique.
Quels joueurs célèbres ont eu la dartitis ?+
Eric Bristow à partir de 1987 est le cas le plus connu. Mark Webster, Nathan Aspinall, Kevin Painter, Berry van Peer, Mark Walsh et Beau Greaves en ont aussi parlé publiquement.
Combien de temps dure une dartitis ?+
Il n’y a pas de durée type. Certains joueurs décrivent un épisode de quelques mois, d’autres des années, et pour quelques-uns le problème n’a jamais disparu. La durée dépend manifestement de la personne et de ce qui a été entrepris.
Est-ce que la dartitis touche les joueurs amateurs ?+
Oui. Dans une étude de 2020 qui inclut des joueurs de fléchettes, 32 % des répondants se disaient concernés. Le chiffre repose sur de l’auto-déclaration, mais il montre que le phénomène n’est pas réservé aux professionnels.

Pour aller plus loin

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